Adolphe

Ed. Garnier Flammarion

172 Pages + dossier

Rapidement et sans trop en dire :

      Adolphe est un jeune homme particulièrement timide qui se montre, de ce fait, souvent taciturne en société. Malgré son relatif isolement, il entre dans la société du comte de P. et fait la connaissance de sa compagne du moment, Ellénore, au passé peu louable et vertueux dans un XIXème siècle rigide. Adolphe tombe sous le charme de la jeune femme et décide de lui ouvrir son coeur sans en être véritablement amoureux. Puis, la situation progresse, Ellénore accepte les avances du jeune homme qui se livre finalement à une véritable passion. Mais cette relation amoureuse évolue et les liens affectifs changent...

Impressions :

J’ai  été agréablement surprise par ce roman classique du XIXème . Je pensais en effet me lasser quelque peu de ce genre de récit porté uniquement sur les  émotions et sentiments de son narrateur. Or, jamais je ne me suis ennuyée et ce grâce à de multiples ressorts utilisés par l’auteur.

La narration, tout d'abord, qui propose un système d'échange de lettres (très bref) entre l'éditeur et celui qui semblerait avoir recueilli le manuscrit. Ce système donne, évidemment, une dimension réaliste et sincère au récit mais lui donne également plus d'intensité en proposant des éclaircissement sur l'avant et l'après récit

Le traitement du temps, ensuite, est intéressant et empêche tout ennui, toute lassitude. Jamais les différentes "étapes" de cette histoire d'amour ne s'étirent en longueur, l'ensemble s'enchaîne rapidement en lien, très souvent, avec des changements géographiques. De plus, plusieurs "strates temporelles" se superposent grâce aux choix de narration évoqués plus haut. Par ailleurs, la jeunesse du personnage est très présente pour éclairer son caractère, ses réactions. Cette jeunesse dans laquelle le père prend une place très significative est également hantée par la mort introduite dans le récit par le biais d'une amie du narrateur, femme âgée. Dans le moment présent, c'est aussi le futur qui hante Adolphe: le futur du couple, le futur de chacun,.... . La mort est là encore présente dans l'entourage des personnages et vient clore cette période, elle était annoncée...

Les références et parallèles  avec d’autres classiques et incontournables du genre restent, enfin, un vrai plaisir pour la littéraire que je suis. On pense notamment à Chateaubriand et son René, mais aussi à Rousseau et Mme de Varens ou  encore à Manon Lescaut. Ces parallèles effectués n'étouffent pas ce récit et permettent simplement de l'ancrer dans un genre et une époque.

L'écriture laisse donc ici une grande place à l'expression des sentiments qui pourtant ne se veut jamais ennuyeuse tant elle est riche et diversifiée. Le lecteur est emporté dans une passion qui évolue. Les contradictions s'enchaînent, le désir de la séparation, la tendresse, la culpabilité, l'emprisonnement affectif, la cruauté sont présents et l'acte d'écrire sert alors à se souvenir - nous sommes dans l'autobiographie - à réparer et à se séparer enfin.

Par ailleurs, le personnage d'Adolphe ne peut laisser indifférent. Il est tour à tour touchant ou agaçant, mais toujours d'une grande sincérité. Ellénore, quant à elle, très séduisante au début, perd peu à peu de son charme au fil de l'évolution de son histoire d'amour pour le reconquérir tout à fait à la fin du récit. Cette dégradation que nous pouvons suivre est, en réalité, due au point de vue adopté, celui d'Adolphe. Finalement, Ellénore reste un très grand personnage féminin romantique et tragique.

Enfin, ce personnage féminin et sa relation avec Adolphe permet de mettre en lumière les conditions sociales du XIXème siècle, ses carcans et son ordre pesant, étouffant parfois - souvent ? - injuste. La place de la femme dans la société n'est pas enviable, offre peu de perspective, d'ambition et n'autorise aucun écart, aucune erreur, aucun chemin de traverse!!

En bref, je suis ravie d'avoir découvert ce classique grâce au défi de Marie L. . L'écriture de ce siècle me séduit toujours beaucoup et elle est ici efficace; l'expression des sentiments est riche et très rythmée ce qui m'a conduit à une lecture fluide, sans lassitude.

Avec Adolphe, j'avance donc encore un peu dans le défi...

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Défi " J'aime les Classiques " 3/13